Budget pour la sécurité sociale (PLFSS). Les Insoumis du Pic Saint Loup interrogent les députés écologistes !

Les députés du PS et une grande partie de ceux d'EELV ont trahi le mandat que leur a donné les Français.

Le PLFSS (Projet de loi de finance pour la Sécurité Sociale) vient d’être voté le 16 décembre 2025,

grâce au vote « POUR » de 64/69 députés socialistes, deux écologistes et un Gauche Démocrate et Républicaine (GDR)
et à « l’ABSTENTION » de 27 députés écologistes, 5 députés socialistes et 2 GDR.

Interrogés par le Groupe d’Action des Insoumis du Pic Saint Loup (Hérault), 14 députés EELV abstentionnistes sur 27 ont eu l’amabilité de nous répondre qu’ils n’ont pas voté « CONTRE » car les principales horreurs du budget initial avaient été retirées grâce à leur héroïque combat, ce qui en pratique revient à un vote POUR. Cinq députés PS nous ont également répondu.

Et puis notons que ces députés ont voté en finale pour la retraite à 64 ans (qui n’avait jamais été votée par l’Assemblée Nationale), mais avec un départ à la retraite décalée de 3 mois pour trois tranches d’âge jusqu’aux prochaines élection présidentielles.

Comment les partis membres du NFP ont-ils pu voter un budget qui va aggraver encore plus notre système de soins déjà très fragilisé et la précarité des Français ?

Nous avons essayé de comprendre ce qui s’est passé grâce aux explications du député insoumis Hadrien Clouet et de la députée EELV Sandrine Rousseau (vous pouvez cliquer sur les liens pour écouter les vidéos).

Pour faire court, Mme Rousseau, qui était le chef de file de EELV pour ce dossier budget de la santé, nous résume la stratégie du premier ministre, une stratégie bien classique dans notre histoire politique : Le gouvernement commence par noyer le Parlement sous un texte avec des mesures volontairement excessives, il laisse le temps s’épuiser dans les débats les plus durs, puis on accepte dans l’urgence ce qu’il voulait faire passer dès le départ. Une stratégie bien rodée pour faire passer les lois récentes les plus contestées : la loi Travail dite “El Khomri” (2016), la réforme ferroviaire / SNCF (2018), la loi Immigration (2023)

Pour ce PLFSS, la stratégie  de « saturation législative et d’urgence fabriquée«  a consisté à :

1. Proposer un budget avec une accumulation « d’horreurs » (nous reprenons les termes des dirigeants du PS) qui aurait fait capoter tout notre système de santé, par exemple une augmentation des dépenses limitées à 1,2 % alors que la Cour des Comptes. Tous les experts indiquent qu’une hausse structurelle minimale de 4 % est nécessaire pour maintenir à niveau constant notre santé (inflation, vieillissement, hausse des pathologies graves, hausse du coût des médicaments, précarité accrue de la population, etc.), une hausse structurelle bien connue depuis des dizaines d’année !

2. Faire traîner les discussions sur ces « horreurs » en retirant les plus aberrantes à la grande gloire surjouée des députés PS, pour en final arriver à un goulet d’étranglement dans lequel tous les marchandages étaient permis, sans discussion de fond.

3. Mais surtout bloquer toute discussion sur le volet recettes alors que ce sont les gouvernements Hollandistes puis Macronistes qui ont creusé le déficit de la sécurité sociale en exonérant les salaires de cotisations sociale jusqu’à 2,5 fois le SMIC sans une compensation complète par l’État comme c’était le cas avant 2012… (Voir notre note). Résultat un déficit de 5,5 milliards € chaque année pour la SS, à la grande joie des actionnaires qui eux empochent 7-8 milliards €/an.

Un budget qui va aggraver encore plus la santé des Français !

C’est ce que montre le simulateur mis en ligne par la France Insoumise permettant à chaque famille ce qu’elle va perdre (cliquer sur le lien).

Et les quelques lignes ci-dessous résument la catastrophe pour la grande majorité des Français provoqué par ce budget adopté grâce au vote POUR des députés PS et à l’abstention de la grande majorité des députés EELV.

❌ Plus de 3 milliards de coupes sur la santé

❌ 1 milliard de taxe sur les mutuelles

❌ 350 millions de coupes sur les Ehpad

❌ 34,3 millions de coupes sur la veille sanitaire

❌ Pénalités financières contre les hôpitaux

❌ L’exclusion de 1,5 million de patients diabétiques de l’ALD

❌ Limitation des arrêts maladies à 30 jours

❌ Baisse des allocations familiales

Quelques extraits des réponses de députés EELV abstentionistes

Ayant rappelé ci-dessus les ficelles bien rodées de cette stratégie  de « saturation législative et d’urgence fabriquée«  qui a permis de faire passer les lois les plus rétrogrades sous la Ve république, les réponses des députés abstentionistes EELV auraient de quoi nous faire sourire si leurs votes n’allaient pas gravement fragilser le quotidien des Français. Nous racontent-ils des bobards pour tenter de justifier leur vote ou sont ils naïfs ? A vous de juger.

Quelques extraits anomysés des réponses des 14 députés EELV qui étaient globalement similaires :

J’entends les critiques d’une partie d’entre vous. La politique, c’est aussi prendre le risque de perdre à titre personnel pour que la population, elle, ne perde pas. » 

Mon objectif a été de récupérer un maximum d’éléments positifs, concrets, susceptibles d’améliorer réellement la vie des Français, dans un contexte institutionnel et parlementaire contraint où nous ne disposons pas de majorité pour adopter les mesures que nous souhaiterions pleinement voir advenir. 

La copie initiale du gouvernement était un chapelet d’attaques antisociales, et j’ai d’abord voté contre la partie recettes, qui renonce selon moi à revenir vers certaines exonérations de cotisations sociales. Puis nous avons réussi à supprimer une grande partie des horreurs : gel des prestations sociales, gel des pensions, désindexations des pensions de retraite, diminutions des indemnités journalières (IJI)  sur les ALD doublement des franchises médicales.

Nous avons obtenu quelques gains : le congé de naissance, la prise en compte des carrières des femmes ou encore le décalage de l’application de la réforme des retraites. 

Nous avons obtenu une augmentation de l’ONDAM (dépenses de santé autorisées) à +3% par rapport à 2025, soit 8,1 milliards de plus pour les soins de ville et l’hôpital. Sur ces 8,1 milliards, 3,9 milliards ont été obtenu par la pression des parlementaires, dont 1 milliards pour l’hôpital. Les dépenses autorisées pour l’hôpital augmentent d’ailleurs de 3,2% par rapport à 2025. 

lI faut aussi regarder lucidement le rapport de forces actuel au Parlement. Il n’existe aujourd’hui aucune majorité pour adopter un meilleur budget de la sécurité sociale. 

Psychologisation du débat ?

Un argument avancé fut celui-ci

Vous êtes peut-être déçu, en colère, interrogatif, ou les trois à la fois.

Cette sensation de psychologisation du débat semble poindre de façon récurrente entre les lignes dans chaque réponse envoyée par les députés EELV. On a pu aussi entendre Cyrielle Chatelain dire à un micro « ça ne sert à rien de nous crier dessus ». Un mot d’ordre donné pour refuser le débat et la contradiction ?

Voici la réponse faites par un camarade insoumis de notre GA du Pic Saint Loup (Hérault) : 

Manifestement nous ne sommes pas en phase.
« Vous, d’autorité, vous suspectez de la déception, de la colère, de l’interrogation, là où il y a une réaction de peur face à l’augmentation du prix des mutuelles qui va se traduire pour moi par une perte des moyens d’accès au soins.
Moi je ressens cela comme la psychologisation de mon discours dans une tentative de masquer un manque de courage pour assumer les conséquences de votre abstention et je suis convaincu que c’est ce genre d’attitude qui ouvre la voie au fascisme. »

Les députés du PS et une grande partie de ceux d’EELV ont trahi le mandat qui leur a été donné par les Français

Les députés du Nouveau Front Populaire (NFP), ont été élus, en juillet 2024, sur la base d’un programme de gouvernement afin de rompre avec le libéralisme financier macroniste qui détruit notre tissu social, notre santé, notre économie et précipite deplus en plus de Français dans la précarité pour enrichir encore plus une poignée de milliardaires.

De ce fait, le NFP a obtenu une majorité relative au parlement, ce qui dans toute démocratie au monde aurait donné lieu à un gouvernement NFP.

Seulement cette monarchie présidentielle a ignoré et passé outre la délibération démocratique du peuple français.

Macron a nommé successivement quatre gouvernements minoritaires en l’espace de 18 mois. Deux gouvernements sont tombés, le premier par motion de censure et le deuxième a démissionné suite à un vote de confiance défavorable avec une majorité écrasante, le troisième n’a pas tenu plus longtemps qu’un demie-journée.

Pour la première fois, depuis le mandat de Macron en 2022, le parlement vient de voter un budget pour la sécurité sociale.

C’est celui du projet de loi de finance pour la sécurité sociale PFLSS, avec 247 voix pour et 234 voix contre. Ce budget, comme démontré plus haut, est dans la continuation du démantèlement des services publics et de la sécurité sociale au bénéfice du capital.

Le non vote des précédents PLFSS étaient en soi un grave déni de démocratie.

Pourquoi une telle trahison a-t-elle été possible ?

Depuis un an, nous assistons en France à une phase politique inédite, une campagne médiatique et politique de louange du compromis, « il faut que le parlement trouve un compromis pour donner un budget pour gouverner », répètent en boucle les médias mainstream, les politiciens de droite, mais aussi du PS et maintenant d’EELV.

Puisque le peuple rejette la politique sociale du macronisme – les dernières consultations électorales et toutes les enquêtes d’opinion le confirment – Macron, sans majorité absolue, doit pour continuer sa politique libérale organiser et superviser des conclaves de marchandage et de combines ou malheureusement la vieille gauche retrouve ses marques.

Aveuglés par l’obsession présidentielle de 2027, les députés PS et une grande majorité des députés EELV viennent par leurs votes du PFLSS d’acter un changement d’alliance et s’écarter du programme du NFP.

Leur objectif est de constituer un bloc du centre, ni de gauche ni de gauche. Stratégie purement électoraliste qui vise à rassembler le PS et EELV derrière un clone libéral « hollandiste » sur un programme compatible avec la prétendue gauche macroniste.

Mme Tondelier vient de présenter son programme pour la Présidentielle de 2027. Il a le mérite d’exister, mais il renonce à tout ce qui a été bati autour du NFP. Nous reviendrons à ce débat et nous analyserons en détail ce projet, mais d’ores et déjà nous pouvons dire que c’est un projet de plateforme qui vise à concrétiser la nouvelle alliance PS, EELV et macronistes.

Note. Coût des exonérations des cotisations sociales en 2025, compensées en grande partie par la TVA et par une perte de financement de 5,5 milliards € par l’état

En France, certaines cotisations sociales patronales sont réduites ou exonérées sur une partie de la rémunération, historiquement pour encourager l’emploi (ex. allégements généraux, « bandeau maladie », etc.).  L’exonération de certaines cotisations (par exemple l’assurance maladie) s’applique jusqu’à 2,5 SMIC, et pour d’autres jusqu’à 3,5 SMIC dans des dispositifs plus larges. 

1) Quel est le coût de ces exonérations pour la Sécurité sociale ?

  • Les exonérations et réductions de cotisations représentent en 2025 une perte d’environ 71,6 milliards d’euros (droits constatés) pour la sécurité sociale.
  • Depuis 2011, cette baisse de recette de 71,6 milliards d’euros n’est plus intégralement compensée par l’état, soit une perte de recettes de 5,5 milliards € par an pour la sécurité sociale
  • La compensation restante par l’état est apportée par la TVA, l’impôt le plus injuste : ≈ 58 milliards €
  • Les autres compensations budgétaires (crédits d’État, affectations diverses) : ≈ 8–9 milliards €

2) Ces exonérations ont elles permis de préserver/garder en emplois  ou de verser des dividendes aux actionnaires ?

– Pour les exonérations des cotisations des salaires entre 1,6 et 3,5 SMIC, les 20-25 milliards d’exonérations n’ont pas augmenté les salaires, mais ont servi à augmenter les marges des entreprises. Dont 7-8 milliards €/an qui permettent d’augmenter les dividendes des actionnaires des grandes entreprises.

– Pour les exonérations de salaires ≤ 1,6 SMIC (soit 40-50 milliards €), ces exonérations servent principalement à préserver l’emploi, mais avec l’effet négatif de trappes à bas salaires, avec un effet faible de captation par les marges et les dividendes.

Les Insoumis du Pic Saint Loup (Hérault)