Les piliers de l’écoféminisme (2)
Les piliers de l’écoféminisme. Penser et agir autrement
Penser et agir autrement (2e partie de l’article publié sous forme de feuilleton)
Deux dominations, un seul ennemi
L’écoféminisme part d’une idée radicale : la domination des femmes et la destruction de la nature ne sont pas des crises séparées, mais deux faces d’un même système. Le patriarcat et le productivisme imposent deses hiérarchies, des appropriations et des violences similaires, qu’il s’agisse des corps ou des écosystèmes. Comprendre ce lien structurel permet de saisir pourquoi lutter pour l’émancipation des femmes et pour la préservation de la planète relève d’une même action politique.
Contre l’extractivisme et le capitalisme écologique
Le mouvement critique sans détour les logiques économiques dominantes. Les modèles qui mettent la
nature et les habitantes du monde en concurrence au profit du capital transforment les vies et les territoires en marchandises. L’écoféminisme ne se limite pas à dénoncer la pollution ou le réchauffement climatique: elle révèle un système qui sacrifie la vie au profit et transforme chaque ressource en objet d’appropriation.
Le souci des autres, une force politique
Au cœur de cette pensée, le prendre-soin occupe une place centrale. Éducation, santé, soutien aux proches et aux communautés ne sont pas secondaires : ils constituent une puissance politique capable de transformer les rapports de domination. En rendant visibles ces pratiques longtemps invisibilisées et dévalorisées, l’écoféminisme montre que le prendre-soin et l’attention à l’autre sont des forces de
transformation, des leviers pour repenser le pouvoir, tisser du lien social et inventer des alternatives
concrètes et solidaires.
Photo de Marco-Bianchetti

Savoirs populaires et traditions
Le mouvement valorise les connaissances situées : savoirs agricoles, médicinaux, artisanaux et
territoriaux, transmis par les femmes et les communautés depuis des générations. Ces expériences
incarnées permettent de protéger la biodiversité, de reconstruire des pratiques sociales plus justes et de contester la technoscience dominante. Reconnaître ces savoirs, c’est remettre en cause la confiscation du savoir par les élites et affirmer la puissance politique de l’expérience vécue.
Intersectionnalité : relier toutes les luttes
L’écoféminisme ne se limite pas aux rapports de genre. Il articule les questions de classe, de race, de
territoire et d’écologie. La libération des femmes ne peut être pensée indépendamment de la justice
sociale et de la préservation du vivant. Cette approche met en lumière pourquoi certaines populations (femmes racisées, peuples autochtones, communautés appauvries) subissent en premier les violences environnementales tout en étant exclues des décisions politiques.
Réapprendre à vivre avec le vivant
L’écoféminisme propose une transformation radicale de nos relations au vivant. Chaque geste quotidien (se nourrir, habiter, transmettre, prendre soin des uns, des unes et des autres) devient un acte politique. Il ne s’agit pas de corriger un système défaillant, mais de repenser en profondeur nos manières de vivre, de produire et de coexister, en remplaçant la domination par la coopération et l’interdépendance avec le vivant
Dominique Paturel
Chercheuse Sciences sociales
Collectif Démocralim
Collectif SSA
Membre LISRA et Fondation Copernic
