Les piliers de l’écoféminisme (5)
Vers une action concrète
Vers une action concrète : stratégies et alternatives (5e partie de l’article publié sous forme de feuilleton)
L’écoféminisme ne se limite pas à la critique : il propose des alternatives concrètes pour transformer les sociétés. Relocalisation, agroécologie, partage du prendre-soin, autogestion, régies communales… ces pratiques incarnent la résistance aux systèmes patriarcaux, capitalistes et extractivistes, tout en posant les bases d’un monde plus juste et solidaire.
Souveraineté alimentaire et agroécologie
LA réappropriation collective de la production alimentaire constitue un pilier central de l’action
écoféministe. Jardins communautaires, semences paysannes, circuits courts et coopératives alimentaires permettent aux communautés de reprendre le contrôle de leur subsistance, tout en renforçant les liens sociaux et les savoirs locaux. Ces pratiques dépassent la simple production : elles sont des actes politiques qui contestent l’appropriation des ressources par les acteurs du marché globalisé et mettent en lumière la capacité des populations à décider de ce qu’elles mangent, comment elles cultivent et comment elles préservent les écosystèmes dont elles dépendent. L’agroécologie, intégrée à ces initiatives, favorise des modes de production respectueux de la biodiversité, de la santé des sols et des équilibres locaux, et démontre qu’une autre relation à la nature et à l’alimentation est possible.
Partage du soin et travail nourricier
Redistribuer le travail de prendre-soin et de subsistance est essentiel pour transformer la vie collective et créer des communautés solidaires et autonomes. Préparer des repas collectifs, organiser des gardes partagées, assurer des soins intergénérationnels ou cultiver des jardins communautaires ne relève pas seulement d’activités pratiques : ce sont des formes concrètes de redistribution durable des responsabilités et de renforcement des liens sociaux. Le souci et l’attention aux uns, aux unes et aux autres deviennent alors une force politique et relationnelle, capable de remettre en question les hiérarchies, de valoriser le travail invisible et de réinventer la coopération. Chaque geste de prise en charge collective s’inscrit dans une démarche de transformation profonde, où la vie de toutes et tous, humaines et non-humaines, est respectée et protégée.

Autonomie collective et démocratie située : reprendre le pouvoir
L’écoféminisme valorise l’autonomie collective comme principe central : reconquérir les terres, l’eau, les semences et les savoirs, et organiser la vie collective selon des règles décidées ensemble. Jardins partagés, plateformes d’autoproduction, cantines collectives… ces initiatives deviennent des laboratoires de démocratie située et vivante, où le pouvoir se construit collectivement et où chaque voix, en particulier celles historiquement marginalisées, participe pleinement aux décisions. Ces espaces permettent de transformer les rapports sociaux et écologiques tout en affirmant l’égalité et la reconnaissance mutuelle.
La vigilance reste essentielle pour que ces pratiques ne reproduisent pas les hiérarchies qu’elles cherchent à abolir.
Alliances transnationales et solidarité globale
Transformer le monde exige de penser et d’agir en reliant le local et le global. L’écoféminisme encourage la coopération active entre mouvements féministes, écologistes, paysans et communautés du monde entier, reconnaissant que les luttes sont interdépendantes et que les solutions locales ont des répercussions planétaires. Ces alliances concrètes permettent de résister aux pressions des multinationales, de contester l’appropriation des terres et des ressources, et de défendre les droits territoriaux, culturels et environnementaux des communautés. Elles créent également des espaces d’échange de savoirs, de pratiques et d’expériences, où les luttes situées sont mises en dialogue avec des stratégies globales pour la justice sociale, la justice climatique et la protection du vivant. En tissant ces solidarités transnationales, l’écoféminisme démontre que la transformation des sociétés passe par l’action collective, la reconnaissance mutuelle et l’engagement commun pour un monde équitable, durable et respectueux de toutes les formes de vie.
Dominique Paturel
Chercheuse Sciences sociales
Collectif Démocralim
Collectif SSA
Membre LISRA et Fondation Copernic
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