Sécurité sociale Alimentaire. Qu’est-ce qu’on mange ?

« Le soleil n’est jamais aussi beau qu’un jour où l’on se met en route. »

C’est une question que nous posons tous et toutes chaque jour. Et pourtant, depuis le début du siècle, une hémorragie ne cesse de vider le monde agricole de sa richesse et diversité. La France comptait près de 4 millions de fermes il y a un siècle ; elle n’en compte plus qu’environ 400 000 aujourd’hui.

D’ici six ans, la moitié des agriculteurs et agricultrices encore en activité partiront à la retraite. Ces chiffres sont vertigineux. Cette situation ne tombe pas du ciel : elle s’inscrit dans une longue continuité de politiques agricoles : du régime de Vichy au plan Marshall, du remembrement à la Politique Agricole Communautaire PAC, jusqu’au néolibéralisme contemporain. L’ensemble de ces choix a progressivement désorganisé notre capacité collective à nous nourrir.

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De plus en plus éloigné des besoins réels des populations, le capitalisme agro-industriel a creusé un fossé entre bien se nourrir et être en bonne santé et simplement survivre en fournissant des aliments dangereux pour la santé et la survie des espèces vivantes, en autre l’espèce humaine. Pendant ce temps, la précarité alimentaire progresse à grande vitesse.

Pas d’aide, mais l’universalité !

Le capitalisme a cette capacité redoutable : transformer la précarité en marchandise. En 1987, la Communauté économique européenne ouvre les surplus de la Politique agricole commune aux associations d’aide alimentaire. Ces surplus coûtaient alors plus cher à stocker qu’à distribuer gratuitement.

La distribution repose essentiellement sur le bénévolat (Restos du cœur, Secours populaire, Croix-Rouge…). En parallèle, les grandes industries agro-alimentaires (Danone, Nestlé, Bonduelle…) et la grande distribution concluent des partenariats avec la Fédération française des banques alimentaires.

Ces dispositifs sont encadrés par plusieurs lois et prévoient une compensation financière pour l’agro-business financée par des avantages fiscaux payés par tous les Français :

  • la loi Garot (2016) contre le gaspillage alimentaire,
  • la loi EGALIM (2018) sur l’équilibre des relations commerciales et l’alimentation durable.

Les banques alimentaires collectent principalement des produits invendus ou proches de leur date limite. Ils sont redistribués à des personnes en difficulté identifiées par des travailleurs sociaux, selon des critères stricts : le « reste à vivre » doit être inférieur à 9 € par jour et par personne.

Ce système, fondé sur le contrôle social et la stigmatisation, ne répond ni à l’urgence sociale ni au droit à une alimentation choisie et de qualité.

Pas d’aide, mais l’égalité !

Pour nous, Insoumis, ce modèle doit être dépassé. Nous défendons une approche fondée sur l’universalité et l’égalité, à travers le projet de Sécurité sociale de l’alimentation (SSA).

Depuis 2019, le Collectif pour une SSA élabore un projet politique ambitieux, s’appuyant sur des travaux anciens et des expérimentations concrètes. Initié notamment par Ingénieurs sans frontières – Agrista, il rassemble de nombreuses organisations (Confédération paysanne, CIVAM, Démocratie alimentaire…).

L’objectif est clair : socialiser l’agriculture et l’alimentation pour répondre aux urgences démocratiques, sociales et écologiques.

Trois axes structurants

  1. Une élaboration démocratique de la demande alimentaire, permettant de structurer l’offre et de transformer les modes de production.
  2. Le dépassement de l’aide alimentaire, au profit d’un droit effectif à une alimentation choisie.
  3. Une organisation inspirée de la Sécurité sociale, fondée sur la démocratie et la solidarité.

Trois piliers concrets

  • Universalité : 150 € par personne et par mois pour l’alimentation.
  • Cotisation sociale obligatoire, pour un budget estimé à 120 milliards d’euros.
  • Conventionnement démocratique des produits, via des caisses locales gérées par les personnes concernées.

Aujourd’hui, les Français consacrent en moyenne 17 % de leur budget à l’alimentation (environ 385 €/mois par foyer). Dans le même temps, 10 % des Français les plus modestes vivent avec moins de 972 € par mois.

Décision locale : l’exemple de Montpellier

À Montpellier, l’expérimentation de la Caisse alimentaire commune s’est appuyée sur un tissu existant : supermarché coopératif La Cagette, l’Esperluette, marchés paysans, associations, acteurs de la recherche, monnaie locale, collectivités.

La coopération est au cœur du projet. L’organisation repose sur des assemblées citoyennes et une logique de faire avec les habitants, non à leur place.

Aujourd’hui :

  • 370 foyers (environ 800 personnes),
  • 47 % vivent sous le seuil de pauvreté,
  • 61 membres au comité citoyen (dont 50 % concernés par la précarité),
  • 49 points de vente conventionnés.

Chaque cotisation ouvre un droit à 100 MonA (1 € = 1 MonA), via une application dédiée. Le choix d’une cotisation « libre mais guidée » constitue un élément central de l’expérimentation.

Le budget est financé à 52 % par les cotisations et à 48 % par des subventions publiques et privées.

82 % des dépenses concernent des produits bio, dont 20 % de fruits et légumes.

Les achats se répartissent principalement entre supermarché coopératif (40 %), magasins bio (24 %) et producteurs/artisans (12 %).

Les conventionnements sont décidés collectivement, à partir d’une charte élaborée par le collectif.

Conclusion

Ces éléments ne constituent pas un modèle clé en main, mais une source de réflexion et d’inspiration. Chaque territoire doit inventer ses propres formes d’organisation.

« Le soleil n’est jamais aussi beau qu’un jour où l’on se met en route. »

Joël Delot – Ouvrier- Les Insoumis du Pic saint Loup (Hérault)

A partir des lectures de

« Champ de bataille » Inés Léraud-Pierre Van Hove,

« Qui va nous nourrir ? » d’Amélie Poinssot,

Le livret pédagogique pour une prise en main politique « Caisse commune de l’alimentation Montpellier »

« Agriculture et alimentation. Pour une agriculture écologique, qui nourrit la population et ceux qui en vivent », le programme de la France Insoumise