Qu’est ce que l’Insécurité Alimentaire et comment la mesure-t-on au niveau national et international ?

Qu’est ce que l’Insécurité Alimentaire et comment
la mesure-t-on au niveau international ?

Selon la définition officielle de l’ONU, l’insécurité alimentaire est la situation dans laquelle des personnes n’ont pas un accès régulier à une quantité suffisante d’aliments nutritifs pour mener une vie active et saine.

L’insécurité alimentaire est différente de la sous-alimentation qui correspond à une incapacité sur une période prolongée de consommer suffisamment de calories pour mener une vie active et saine (comme c’est le cas pour la population de Gaza soumise à la famine imposée par le gouvernement génocidaire israélien).

La sous-alimentation se rencontre souvent à l’échelle d’une région ou ‘un pays à un moment donné pour l’ensemble ou un sous-ensemble d’une population, souvent comme conséquence d’une crise politique ou d’une catastrophe naturelle (comme c’est le cas pour la population de Gaza soumise à la famine imposée par le gouvernement génocidaire israélien).

À l’inverse, l’insécurité alimentaire peut être présente et impacter différemment les foyers d’une même société, sur un même territoire et parfois structurellement.

Insécurité alimentaire
Photo de Hanna Morris sur Unsplash

La méthode officielle recommandée par l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture de l’ONU (FAO) pour mesurer l’insécurité alimentaire est l’indicateur FIES (Food Insecurity Experience Scale ou Échelle d’exposition à l’insécurité alimentaire). L’indicateur FIES est calculé à partir des réponses aux 8 questions suivantes :

Dans les 12 derniers mois, avez-vous, vous ou un membre de votre ménage ?

  1. Manqué d’argent ou d’autres ressources pour obtenir de la nourriture ?
  2. Été dans l’incapacité de manger des aliments sains et nutritifs ? (Faute d’argent ou de ressources)
  3. Mangé seulement quelques types d’aliments que vous pouviez vous permettre ? (Réduction de la diversité)
  4. Réduit la quantité de nourriture lors d’un repas ?
  5. Sauté un repas parce qu’il n’y avait pas assez d’argent ou de ressources ?
  6. Mangé moins que ce dont vous pensiez avoir besoin ?
  7. Manqué de nourriture dans votre foyer ? (Les réserves se sont retrouvées vides)
  8. Passé une journée entière sans manger en raison du manque d’argent ou de ressources ?

Le score final n’est pas seulement une somme de 0 ou 1 en fonction des réponses. C’est une méthode statistique plus fine qui permet d’avoir des valeurs entre -4 et +4, sachant que le seuil modéré d’insécurité est atteint à 0,5 et que le seuil sévère est atteint à 3.

Le site de la FAO fournit une base de données qui permet d’extraire des valeurs liées à la sous nutrition et l’insécurité alimentaire en fonction des pays et,des périodes. La figure suivante donne un aperçu de la prévalence de l’insécurité alimentaire modérée ou sévère par pays en moyenne sur les années 2022 à 2024.
Sans grande surprise, on constate que c’est l’Afrique subsaharienne qui globalement souffre le plus de l’insécurité alimentaire de même que quelques pays des Caraïbes et d’Amérique centrale.

L’Europe est relativement épargnée même s’il y a quelques différences à l’intérieur de l’Union Européenne. Les statistiques indiquées sont au niveau national et masquent parfois de grandes disparités à l’intérieur d’un pays : on peut citer l’Inde, le Mexique ou le Brésil par exemple

Alors que l’insécurité alimentaire au niveau mondial est passée de moins de 25 % à plus de 30 % entre 2014 et 2020, une tendance inverse est heureusement observée depuis 2020.


Note – L’indicateur correspond à la prévalence de l’insécurité alimentaire modérée ou sévère mesurée à l’aide de la Food Insecurity Experience Scale (FIES) de la FAO. Les valeurs sont des moyennes glissantes sur trois ans, conformément à la méthodologie FAO, afin de réduire la variabilité interannuelle.
Source : FAO / FAOSTAT – SDG Indicator 2.1.2.

La France, après une diminution régulière de 2014 à 2019, voit son pourcentage de foyers en insécurité alimentaire remonter de 6 % à 8,4 %.

  • La France après une diminution régulière de 2014 à 2019 a vu son pourcentage de foyers en insécurité alimentaire remonter à 8,4 %.
  • Pour ce qui est de l’insécurité alimentaire sévère, le pourcentage français est estimé à 2,7% en 2023 , en forte hausse de 400 % depuis 2019 quand il n’était que de 0,7%
  • Il est très inquiétant que la FAO montre que les courbes françaises et espagnoles se soient croisées ces dernières années au détriment de la France. Ce que confirme l’INSEE indiquant un accroissement rapide en France de la grande pauvreté au bénéfice d’une poignée d’ultrariches.
  • L’Espagne a connu une trajectoire inverse avec une diminution récente de ce pourcentage à 6.5 %.
  • La Hongrie se distingue avec un taux très élevé à 15,6 %, qui a explosé depuis 2017.
  • En Europe, l’Allemagne fait figure de bon élève avec moins de 5 % de foyers en insécurité alimentaire.

Il est difficile voire impossible de trouver des statistiques officielles en France pour l’échelle d’exposition à l’insécurité alimentaire (FIES) au niveau régional. Les seules sources fiables sont encore au niveau e la FAO et les obtenir nécessite une demande d’autorisation.

Les diverses modalités pour combattre l’insécurité alimentaire à l’internationale

En premier lieu, « Si le droit à l’alimentation est un droit accepté et même soutenu
par la France dans les débats internationaux, il n’existe pas de façon effective à l’échelle nationale » (D. Paturel et Bricas 2019).
 

La notion de droit à l’alimentation est extrêmement importante car c’est ce droit opposable qui pourra susciter voire forcer les gouvernements à mettre en place des dispositifs de lutte contre la sécurité alimentaire, comme c’est en théorie le cas pour le Droit Au Logement en France par exemple.

La cartographie de la reconnaissance constitutionnelle au droit à une alimentation adéquate montre que cette reconnaissance est explicite au Brésil, au Mexique, en Colombie et dans d’autres pays notamment en Afrique, mais c’est une minorité.

Il y a parfois une protection implicite via des droits plus larges comme dans quelques pays d’Europe comme la Belgique (Voir Paturel et Bricas, 2019).

Sans que ce soit constitutionnel au sens strict, il y a dans certains cas des Principes Directeurs de la politique étatique en faveur de l’alimentation adéquate : c’est le cas en Inde par exemple et dans plusieurs pays d’Asie.

La France est le pays où la Sécurité sociale alimentaire (SSA) est la plus conceptualisée, décrite, approfondie mais aussi expérimentée.

Dans la majorité des pays, il n’y a pas de dispositions constitutionnelles spécifiques fortes liées à l’accès à une alimentation adéquate. Ceci ne veut pas dire que les pays dotés de telles dispositions sont forcément efficaces, et réciproquement que ceux qui n’en sont pas dotés ne soient pas finalement efficaces. Toutefois, ce panorama donne une image intéressante de la considération du droit humain à une alimentation adéquate. La France est le pays où la SSA est la plus conceptualisée, décrite, approfondie mais aussi expérimentée. C’est d’ailleurs un des seuls pays où l’expression « Sécurité Sociale Alimentaire » est retenue.

La SSA est un objet de recherche pensé par des chercheurs avec une expertise reconnue à l’international, mais elle est également aussi soutenue par des ONGs (Secours Catholique, CIVAM…). Elle a été débattue au parlement et fait l’objet d’expérimentations, en particulier à Montpellier (voir notre article).
Une analyse internationale ne permet pas une comparaison de différentes SSA expérimentées mais plutôt une comparaison des politiques mises en œuvre pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

Cette analyse internationale permet de décrire six modèles explicités ci dessous et résumés dans le tableau ci-joint. Comme souvent, si la description de modèles est subjective, elle est nécessaite pour structurer la réflexion.

  1. Le premier modèle est celui de la solidarité informelle. Il cible la famille et les proches et il n’y a pas de conditionnalité. C’est un système très répandu dans les pays pauvres qui repose sur la notion de dons et non sur les impôts.
  2. Le second modèle est l’assistance ciblée. Selon ce modèle, les ménages pauvres ou vulnérables sont particulièrement ciblés et il y a souvent une conditionnalité à l’obtention de l’aide : la scolarisation des enfants ou suivi de santé publique par exemple. Il y a trois différentes logiques ou sous-modèles qui correspondent i) à des transferts monétaires comme au Brésil ou au Mexique, ii) à des bons ou des cartes alimentaires comme aux États-Unis ou encore iii) à la
    distribution alimentaire subventionnée ou ciblée comme en Inde. Quelle que soit la
    modalité ce modèle est financé par les impôts ou les taxes du pays.
  3. Le troisième modèle aurait pu être un sous-modèle du précédent, il s’agit d’une
    assistance ciblée avec un conditionnement fort
    qui correspond à un travail rémunéré sous forme de ration alimentaire. C’est le cas par exemple en Éthiopie.
  4. Le quatrième modèle correspond à l’achat public structurant de nourriture à l’agriculture locale. Il est également très ciblé puisqu’il concerne souvent les écoles les hôpitaux ou les cantines. Ce système vertueux combine la lutte contre l’insécurité alimentaire à la mise en place de circuits courts et l’aide à l’agriculture locale.
  5. Le cinquième modèle de programme universel non conditionné est très rare. On peut citer cependant le revenu universel proposé par Benoît Hamon qui certes allait au-delà de l’alimentation mais rentrait dans cette philosophie.
  6. Enfin le sixième modèle, celui de la SSA, est en rupture totale avec tous les autres
    modèles du fait qu’il est basé sur un droit à l’alimentation, universel et sans conditions
    , même si les bénéficiaires devraient répondre à certains critères de pauvreté ou vulnérabilité. Il est financé par les cotisations sociales. De plus par sa nature, il intègre une partie du modèle 4 des achats publics structurants. Pour une description détaillée de la Sécurité Sociale Alimentaire, se reporter à notre article : Sécurité sociale de l’alimentation : fin de l’aide, début du pouvoir citoyen, D. Paturel.

Les pays pauvres misent sur la solidarité entre familles et proches (modèle 1). Les pays émergents (Brésil, Inde, Mexique par exemple) appliquent des programmes massifs, d’une ampleur impressionnante en solidarité de la nation avec les plus pauvres (modèle 2) .
Dans les pays plus riches, les associations et une solidarité « organisée » jouent un rôle important (extension des modèles 1 à 4).

Que les pays les plus pauvres, avec la plus forte incidence d’insécurité alimentaire, n’aient pas de modèle structuré nationale et reposent presqu’entièrement sur la solidarité informelle peut sembler paradoxal. Toutefois, la mise en œuvre de ces modèles structurés nécessite une organisation pour collecter les impôts et identifier/accéder aux populations cibles. Or, malheureusement, ces pays les plus pauvres manquent souvent de cette capacité d’organisation.

Actuellement, la France a un modèle finalement très proche de la solidarité informelle largement dépendant des dons et du bénévolat (modèle 1). Les Restos du Cœur, les Banques Alimentaires, le Secours Populaire, la Croix-Rouge, etc représentent une part majeure de la distribution d’aide alimentaire. Des pays comme le Royaume Uni, l’Irlande, l’Allemagne ou la Suisse ont un modèle comparable.

Christophe M. Les Insoumis du Pic Saint Loup (Hérault)