Les piliers de l’écoféminisme (3)

Les piliers de l’écoféminisme : penser et agir autrement

Quatre chemins pour résister et réinventer le monde :

les courants de l’écoféminisme (3e partie de l’article publié sous forme de feuilleton)


L’écoféminisme n’est pas un bloc homogène, mais un mouvement pluriel porté par des pensées et des
pratiques diverses. Entre attention aux autres humain set non-humains, action collective, critique du
capitalisme et mise en avant des voix marginalisées, ses courants traduisent la richesse de cette pensée politique.

Premier chemin : écoféminisme culturel, célébrer le lien au vivant


Certaines branches, souvent qualifiées de culturelles, valorisent le lien profond entre femmes et nature.
Elles célèbrent l’intuition, le prendre-soin et l’attention à l’autre, et la maternité, et cherchent à réhabiliter des savoirs longtemps disqualifiés par le patriarcat et le productivisme. Leur force réside dans la revalorisation du prendre-soin et de la vie. Leur limite apparaît lorsqu’elles figent les femmes dans des rôles assignés, risquant de renforcer des stéréotypes et de restreindre l’émancipation collective.

Deuxième chemin : écoféminisme social et matérialiste, décrypter les structures


D’autres approches s’ancrent dans l’analyse des structures d’oppression et d’exploitation: patriarcat,
capitalisme et héritages coloniaux. Elles mettent l’accent sur la redistribution des ressources et le partage du pouvoir, reliant systématiquement justice sociale et justice écologique. Leur force réside dans une lecture structurelles des rapports de domination tant économiques que sociaux, mais elles se heurte souvent à la marginalisation politique et médiatique.

Troisième chemin : écoféminisme politique et communautaire, expérimenter sur le terrain


Certaines militantes privilégient l’action locale, collective et concrète. Relocalisation, souveraineté
alimentaire, jardins partagés, coopératives et auto-organisation communautaire incarnent cette orientation.
La pratique devient ici un espace d’expérimentation du pouvoir partagé et de l’autonomie collective. Ces initiatives restent cependant vulnérables face à la puissance des contraintes économiques et
institutionnelles.

Quatrième chemin : écoféminisme intersectionnel et décolonial, amplifier les voix invisibilisées


Un courant plus récent place au centre les luttes des femmes racisées, des peuples autochtones et des communautés marginalisées. Il relie justice climatique, sociale et raciale, et déconstruit les hiérarchies héritées du colonialisme. Sa puissance tient dans la visibilité politique qu’il donne aux premières concernées ; son défi réside dans la construction d’alliances durables face aux dominations globales.

Un mouvement pluriel, un horizon commun


Malgré leurs différences, ces courants partagent un objectif commun : transformer les rapports de pouvoir, repenser nos manières de vivre et protéger le vivant. Ensemble, ils dessinent un horizon de justice, d’égalité et de durabilité.

Dominique Paturel
Chercheuse Sciences sociales
Collectif Démocralim
Collectif SSA
Membre LISRA et Fondation Copernic