Les piliers de l’écoféminisme (4)

Épisode 4 – Défis et tensions internes : quand l’écoféminisme se questionne

Défis et tensions internes : quand l’écoféminisme se questionne (4e partie de l’article publié sous forme de feuilleton)


L’écoféminisme n’est pas un bloc homogène. Ses courants sont traversés par des tensions et des débats, révélant à la fois sa richesse et ses limites. Entre risques d’essentialisation, dilemmes entre local et global, et contraintes matérielles et institutionnelles, le mouvement explore comment traduire des idéaux radicaux en pratiques concrètes et durables.

Le piège de l’essentialisme : femmes, nature et stéréotypes


Certaines branches culturelles de l’écoféminisme ont valorisé un lien supposé « naturel » entre femmes et nature, intuition et maternité. Si cette approche revalorise le prendre-soin, elle risque d’enfermer les femmes dans des rôles prédéterminés et de masquer la diversité des expériences. L’écoféminisme contemporain insiste sur la dimension sociale et historique de ce lien, et non sur la seule dimension biologique, permettant de valoriser la pluralité des identités féminines et de construire des stratégies collectives émancipatrices.

Local ou global ? Trouver l’équilibre

Les initiatives locales – jardins collectifs, coopératives alimentaires, plateformes d’autoproduction – sont essentielles pour développer autonomie et pouvoir décisionnel. Mais isolées, elles ne suffisent pas à contrer les structures globales de domination, multinationales ou accords commerciaux néocoloniaux.
L’écoféminisme travaille à articuler actions locales et alliances transnationales pour combiner démocratie située, justice sociale et justice écologique.

Transformer l’utopie en action : obstacles matériels et institutionnels

Les projets écoféministes se heurtent à la réalité du capitalisme productiviste : manque de financement, accès limité aux ressources, pression des multinationales, récupération institutionnelle. Ces initiatives restent confrontées aux pressions économiques et politiques, et exigent des stratégies audacieuses pour les protéger et leur permettre de résister activement à ces dominations

Démocratie interne et émancipation collective

L’écoféminisme doit également se regarder en interne. Qui décide quoi dans les collectifs ? Quelles voix sont audibles ? La redistribution réelle du pouvoir, la reconnaissance des expériences marginalisées et la vigilance contre les hiérarchies internes sont indispensables. L’objectif est d’articuler engagement concret, réflexivité et participation collective pour que le mouvement reste un espace radical et transformateur.

Dominique Paturel
Chercheuse Sciences sociales
Collectif Démocralim
Collectif SSA
Membre LISRA et Fondation Copernic