Le comité d’éthique de la première université française recommande la suspension de toute coopération avec les universités israéliennes
La recommandation du comité d’éthique de l’université Paris-Saclay – Poléthis – de suspendre les coopérations avec les universités israéliennes pour le non-respect des droits de l’homme est très importante pour six raisons :
1. L’université Paris-Saclay est la première université française et figure parmi les 13 meilleures universités mondiales.
L’avis de son comité d’éthique a ainsi une portée nationale et mondiale, dans la foulée des suspensions des partenariats avec les universités israéliennes par des dizaines d’universités espagnoles, belges et norvégiennes, et quelques universités en Irlande, Irlande du Nord, Suisse, Danemark, Pays-Bas et Italie. Elle montre au monde entier que les universitaires, chercheurs, personnels techniques et administratifs, ainsi que les étudiants français restent profondément attachés à leur responsabilité d’utiliser leur capacité intellectuelle et leur prestige moral pour défendre et promouvoir activement les valeurs universelles inscrites dans l’Acte constitutif de l’UNESCO : la paix, la justice, la liberté, l’égalité et la solidarité. Contrairement au gouvernement français qui soutient activement le gouvernement génocidaire israélien en continuant les ventes d’armes, en ne dénonçant pas l’accord libre échange UE-Israël, en n’appliquant pas les mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale lorsque Netanyahu survole le territoire français, en bloquant l’accueil en France d’intellectuels palestiniens persécutés par Israël.

2. Un avis solidement argumenté, citant les nombreux rapports et avis des organisations onusiennes, de la Cour internationale de Justice, montrant qu’Israël commet un génocide à Gaza et en Cisjordanie
Le comité d’éthique de l’université Paris-Saclay – Poléthis – indique :
Plus de 65 000 Palestiniens [à la date du rapport, 71000 au 6/2/2026] ont été tués à Gaza, dont près du tiers sont des enfants (sans tenir compte de la mortalité indirecte due au manque de soins – la plupart des hôpitaux ayant été détruits –, due aux maladies, à la famine et aux obstacles à la libre circulation de l’aide humanitaire). [Voir notre article].
Pour la deuxième année consécutive, Israël est en tête du classement mondial dans tous les indicateurs de violence contre les enfants. Les bombardements ont provoqué le déplacement de près de deux millions de personnes. Les terres arables ont été dévastées. Plusieurs instances, dont la Commission internationale indépendante établie par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, ainsi que l’association internationale des universitaires spécialistes de génocide (IGAS), considèrent que les actions d’Israël à Gaza peuvent être qualifiées de génocide. Enfin, Israël a déjà procédé à une annexion de facto de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, sans prendre de mesures pour réfréner la violence des colons.
Les peuples européens peuvent mettre fin à ce génocide en relayant et signant massivement la pétition du parlement européen appelant à mettre au fin à l’accord de libre échange Europe-Israël.
3. Les universités palestiniennes ont été détruites ou endommagées, et des milliers d’étudiants, de chercheurs, d’enseignants ont été tués.
Sur le plan de l’enseignement et de la recherche, les 12 universités palestiniennes ont été détruites ou endommagées, et des milliers d’étudiants, de chercheurs, d’enseignants (dont des doyens et trois présidents d’universités), ont été tués. Ciblant les infrastructures et le système d’enseignement, ainsi que le patrimoine culturel de la Palestine (notamment les musées, bibliothèques et lieux de culte), les actions d’Israël constituent un « scolasticide » qui pénalisera durablement l’éducation et la culture des Palestiniens.
Poléthis, 11 décembre 2025
4. Les universités israéliennes apportent de longue date un soutien logistique à l’armée
Le positionnement des universités israéliennes s’explique par leur étroite implication dans le système militaro-sécuritaire. En effet, ce sont elles qui forment les militaires, les policiers et les membres des services de renseignement. Historiquement, elles ont joué un rôle actif dans le développement de systèmes d’armement et de doctrines militaires, juridiques et diplomatiques pour justifier la colonisation et l’annexion illégales des terres occupées, pour rationaliser le nettoyage ethnique et les exécutions extrajudiciaires des Palestiniens autochtones, enfin pour développer des outils informatiques pour l’armement, les cyberattaques, la surveillance, le renseignement et la propagande. L’université de Tel Aviv, par exemple, a non seulement contribué à la mise au point de dizaines de systèmes d’armement, mais a aussi, par l’intermédiaire de l’INSS (Institute for National Security Studies), joué un rôle déterminant dans l’élaboration, la promotion et la justification juridique de la « doctrine Dahiya » (recours disproportionné à la force, qui conduit à des crimes de guerre contre des civils). Le Technion, la plus ancienne institution universitaire israélienne, illustre également cette imbrication en développant avec l’armée des programmes visant à former des « étudiants-soldats » destinés à intégrer les forces armées à l’issue de leur cursus. L’industrie de l’armement y est directement impliquée : des entreprises comme Elbit Systems y financent des bourses spécifiquement destinées à ces étudiants. Enfin, certaines universités israéliennes bénéficient même directement de la politique de colonisation, puisqu’elles sont installées dans les territoires occupés palestiniens, comme l’université d’Ariel et l’université hébraïque de Jérusalem, au mépris du droit international.
Poléthis, 11 décembre 2025
Mentionnons enfin que les universités israéliennes étouffent les voix dissidentes en leur sein et
discriminent régulièrement les étudiants et les personnels « non juifs ».
5. Le comité d’éthique donne une leçon d’éthique à France Universités, qui recommande de ne pas suspendre les coopérations avec les universités israéliennes.
France Universités (anciennement la conférence des Présidents d’universités) « met en garde contre la rupture des relations avec les universités israéliennes » en indiquant que « la science [est] souvent le dernier espace où les liens entre les chercheurs et chercheuses peuvent s’abstraire des logiques guerrières qui les environnent, avec le discernement qui leur est permis par leur liberté académique. Tirer un trait sur des partenariats historiques, au détriment de la promotion et de la transmission du savoir, serait également trahir les valeurs démocratiques et de paix sur lesquelles se fondent les coopérations universitaires ».
Le comité d’éthique de Paris-Saclay Poléthis s’interroge sur cette mise en garde dans le cas particulier des universités israéliennes, étant donné l’engagement assumé de nombre d’entre elles, sinon toutes, aux côtés de la politique de leur gouvernement qui ne respecte en rien les « valeurs de paix » invoquées. Le collège de déontologie du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche s’est prononcé sur la question de savoir si les établissements d’enseignement supérieur pouvaient suspendre les collaborations avec des institutions « situées dans la zone de conflit ». Il a estimé « qu’une prise de position de nature politique, fondée sur des considérations telles que la situation de conflit au Proche-Orient, ne saurait justifier la remise en cause, à la seule initiative des établissements d’enseignement supérieur, de leurs relations de partenariat avec des universités ou institutions étrangères ainsi que, le cas échéant, avec des entreprises ayant des activités internationales ». Il s’appuie notamment sur le fait que « la suspension ou la dénonciation d’accords avec des partenaires étrangers résulterait d’une prise de position des organes de gouvernance de l’établissement sur ce conflit, elle se heurterait au principe de neutralité, rappelé à l’article L. 121-2 du code général de la fonction publique, qui a notamment pour conséquence qu’un établissement public ne saurait faire sienne la revendication d’opinions politiques ».
Le comité d’éthique de Paris-Saclay Poléthis est attaché au principe de neutralité, mais souligne que ce principe ne doit pas être à sens unique : « poursuivre des collaborations avec des universités dont il serait avéré qu’elles seraient engagées dans la politique et l’action militaire israélienne actuelle conduirait, symétriquement à ce qu’a exposé le collège de déontologie, à porter atteinte à la neutralité des établissements». La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme appelle de son côté la France à remplir son engagement de respecter et faire respecter le droit international humanitaire. Rappelons qu’aux termes de la Convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide, les États et leurs institutions, comme les universités, ont une obligation de prévention des génocides.
Poléthis, 11 décembre 2025
Les précédents de l’Afrique du Sud et de la Russie.
Il convient de rappeler qu’un boycott généralisé, incluant un boycott académique, avait été appliqué contre l’Afrique du Sud en raison de sa politique d’apartheid, et que, plus récemment, d’innombrables sanctions, y compris dans le domaine universitaire, ont été imposées très rapidement à la Russie après l’invasion de l’Ukraine, sans susciter de controverse. À cette occasion, France Universités avait d’ailleurs suspendu le protocole d’accord signé en 2013 avec l’Union des recteurs de Russie et invité les établissements français à interrompre toute coopération institutionnelle avec les universités russes. Ce flagrant deux poids-deux mesures n’a aucune justification. Les recommandations de cet avis sont en cohérence avec les précédents de l’Afrique du Sud et de la Russie.
6. Rappel des valeurs fondamentales de l’UE et internationales pour la coopération universitaire et en recherche
Pour fonder ses recommandations, le comité d’éthique Poléthis s’est appuyé sur :
Des textes encadrant les partenariats internationaux. À titre d’exemple, le modèle général d’accord de subvention d’Horizon Europe établit que « les bénéficiaires [de l’accord] doivent s’engager à respecter et à garantir le respect des valeurs fondamentales de l’UE (telles que le respect de la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit et les droits de l’homme, y compris les droits des minorités).
Quelques grands principes relatifs à l’éthique de la recherche édictés par des instances
Poléthis, 11 décembre 2025
internationales :
– « Les établissements d’enseignement supérieur, leur personnel et les étudiants devraient
pouvoir s’exprimer sur les problèmes éthiques, culturels et sociaux en pleine indépendance et
responsabilité, exerçant une sorte d’autorité intellectuelle dont la société a besoin pour l’aider
à réfléchir, à comprendre et à agir. [Ils devraient] se servir de leur capacité intellectuelle et de
leur prestige moral pour défendre et diffuser activement les valeurs universellement
acceptées, et notamment la paix, la justice, la liberté, l’égalité et la solidarité inscrites dans
l’Acte constitutif de l’UNESCO. »
– « Reconnaissant que les découvertes scientifiques et les innovations et applications
technologiques […] peuvent présenter certains dangers qui constituent une menace, surtout
au cas où les résultats des recherches scientifiques sont utilisés contre les intérêts vitaux de
l’humanité pour la préparation de guerres de destruction massive, pour l’exploitation d’une
nation par une autre ou au détriment des droits humains, des libertés fondamentales ou de la
dignité humaine […], que, pour faire face à cette situation, les États membres devraient mettre
en place ou concevoir des mécanismes pour l’élaboration et la mise en œuvre de politiques
adéquates, c’est-à-dire de politiques qui viseraient à éviter les dangers éventuels et à tirer
pleinement parti des aspects positifs des découvertes scientifiques et des innovations et
applications technologiques. »
