Les piliers de l’écoféminisme (6 et fin)
Les piliers de l’écoféminisme (6 et fin)
L’écoféminisme : repenser la société, le vivant et la politique (6e partie et fin de l’article publié sous forme de feuilleton)
L’écoféminisme offre une vision radicale et intégrée de la transformation sociale et écologique. Il place le prendre-soin, la solidarité, l’autonomie collective et la justice au centre de l’action. Entre réflexion et
pratiques concrètes, ce mouvement propose des clés pour construire un monde respectueux des
interdépendances entre humains et non-humains.
Penser et agir : corps et esprit indissociables
L’écoféminisme affirme que réfléchir et agir sont inséparables : comprendre les rapports de domination et les transformer dans la pratique forment un même mouvement. Les gestes du quotidien – produire sa nourriture, prendre souci des autres, organiser la vie collective – deviennent des actes politiques à part entière. Chaque action, aussi concrète soit-elle, participe à la reconstruction de relations plus justes entre les humains, entre communautés et avec le vivant, en affirmant que nos choix et nos pratiques personnelles ont un impact social et écologique direct.
Justice sociale, écologique et de genre
La libération des femmes, la protection de la nature et la justice sociale sont profondément
interconnectées. L’écoféminisme plaide pour une transformation radicale des structures patriarcales,
capitalistes et coloniales, en intégrant les dimensions de classe, de race, de territoire et d’interdépendance écologique. Chaque initiative locale s’inscrit dans un horizon global, montrant que les luttes situées et les stratégies transnationales se nourrissent mutuellement, et que la justice sociale et écologique se construit par l’action collective et la solidarité entre communautés.

Autonomie, solidarité et communs
Reprendre le contrôle sur les ressources, partager les pratiques de prendre-soin et organiser la vie
collective selon des principes démocratiques et égalitaires constituent des leviers puissants de
transformation. Les initiatives locales deviennent des espaces de réinvention sociale et écologique, où
l’autonomie collective et la coopération permettent de créer des alternatives durables aux logiques
d’exploitation et de domination. Ces pratiques montrent qu’il est possible de construire des communs
partagés et de redéfinir les rapports de pouvoir dans nos sociétés.
Un monde possible : action radicale et durable
L’écoféminisme ne se limite pas à la critique : il démontre que des transformations durables sont
possibles. Jardins collectifs, coopératives alimentaires, régies communales et réseaux transnationaux
incarnent cette capacité à résister, s’émanciper et reconstruire des sociétés plus justes, solidaires et
respectueuses du vivant. En articulant écologie, justice de genre et justice sociale, l’écoféminisme propose un cadre concret et inspirant pour repenser nos rapports au monde, aux autres et au vivant, et pour agir avec audace afin de créer un futur plus équitable et durable.
En guise de conclusion provisoire : L’écoféminisme au sommet, leçons et horizons
L’écoféminisme nous invite à réinventer nos relations au monde, aux autres et à la nature, en montrant que chaque geste compte et que la liberté et la justice se construisent collectivement. Entre action locale, alliances globales et réflexion constante, elle propose une transformation profonde et concrète de nos sociétés.
Le Pic Saint-Loup : symbole et laboratoire potentiel écoféministe ?
Perché dans l’Hérault, le Pic Saint-Loup domine la garrigue et les vignobles, et illustre à la fois les enjeux et les possibilités de l’écoféminisme. Ce territoire viticole doit cesser l’usage de pesticides pour protéger la biodiversité et la santé des communautés locales. Les élus et élues peuvent être plus audacieux dans leurs choix de politiques publiques : engager des projets coopératifs d’énergie solaire, développer des transports collectifs, proposer des cantines bio ouvertes à l’ensemble des habitantes et habitants du territoire, soutenir des centres de santé communautaires et renforcer des services publics pour faire vivre ces projets.
Ces initiatives montrent qu’il est possible de créer des espaces de vie durables et solidaires, où nature,
communautés et décisions collectives coexistent harmonieusement. Le Pic Saint-Loup pourrait devenir
ainsi un laboratoire vivant pour expérimenter la coexistence, la coopération et la transformation
écologique et sociale.

L’écoféminisme comme horizon
L’écoféminisme n’est pas un guide figé : elle est une invitation à repenser nos vies, nos modes de
production et nos manières d’habiter le monde. Dans chaque vallée, chaque jardin, chaque initiative
collective, se joue une transformation concrète : vivre avec le vivant, reconnaître la vulnérabilité, partager le souci et l’attention aux autres, et construire des solidarités durables. Ces pratiques incarnent un futur possible, fondé sur l’égalité, la justice et le respect de toutes les formes de vie.
Dominique Paturel
Chercheuse Sciences sociales
Collectif Démocralim
Collectif SSA
Membre LISRA et Fondation Copernic
